Epatante hépatite
« Mon foie, connais pas », disait la publicité
Tandis que l’alcoolique remplissait de jajar
Ce noble organe toujours trop sollicité,
Et que l’insouciance régnait dans les lupanars.
L’infirmière surbookée payait cher son tribut ;
Puis le sida sonna le glas des pratiques d’autrefois :
Instructions, précautions mirent fin aux abus,
Virus ou pas, le calme revint dans le foie.
C’est alors qu’on vit surgir, seringue à la main,
Le chevalier à qui les experts avaient dit :
« Ouste, vas-y, les français sont des veaux, des gamins,
T’as qu’à lancer la campagne, on n’attend que ça, pardi ! ».
Les trompettes retentirent dans les bahuts : « A l’assaut ! » ;
Même topo dans les hôpitaux, hardi petit,
On piqua partout, même les bébés au berceau.
Dans les labos, bien sûr, grandissait l’appétit.
Maladie providentielle, vaccin novateur,
L’occasion était belle pour un grand racket.
Les bons apôtres se firent vociférateurs
Et la folle farandole gagna la planète.
Quand vint le désastre, on vit du monde au balcon,
Tous les acteurs, dans leur superbe, gardèrent leur masque
Et se pavanèrent, toujours en discours féconds,
Menteurs, tricheurs et impassibles dans la bourrasque.
« Peut-être que le vaccin… dans ma sclérose en plaques … »
« Non, non, il ne se passe rien, vous affabulez » ;
« C’est dans votre tête, Madame, prenez du Prozac ! » ;
« Mais que me chantez-vous là, allez, du balai ! »
Ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient atteints,
Meurtris dans leur chair, leur âme, leur cœur, leur vie ;
Désarticulés, devenus de tristes pantins
Tout en eux montrait l’ampleur de la tragédie.
« De quoi parlez-vous ? N’a-t-on pas le consensus ?
Vaccinations nous maintenons, qu’on obéisse ;
Des victimes ? Foutaise ! ! » Disaient-ils dans un rictus,
« Vaccinés, protégés, où est le préjudice ? »
Amis démolis, estropiés, abandonnés,
Répondez à ces fossoyeurs sans vergogne
Que bientôt leur tour viendra pour le gibet,
Qu’ils ne pourront plus exécuter leur sale besogne.
Vos forces rassemblées, unis dans la souffrance,
Vous clamerez, par des œuvres authentiques,
Votre vérité, votre droit, votre innocence,
Obligeant l’Etat à changer sa politique.
Françoise JOËT |