Exécution
Dans sa sagesse, ma grand-mère
Disait : « Du vaccin je n’ai que faire ! ».
Mais hélas, les années l’obligèrent
Un jour, à changer d’atmosphère.
Quittant son logis et ses vertes prairies,
Elle oublia le poêle où cuisait le rôti,
La basse-cour et toute sa compagnie,
Pour se figer dans une longue léthargie.
« Maison de retraite !», criait la famille,
« On n’a pas idée, avec des béquilles,
« De s’entêter à manier la faucille !
« A l’hospice, pour des travaux d’aiguille ! »
Quatre murs et une télévision,
Une fenêtre, furent son horizon.
Plus de joie, plus de rires, la prison.
Et dans son cœur, grandit la déraison.
On voulut alors abréger ses vieux jours.
Rien de mieux comme recours
Qu’une grippette donnée avec amour
Pour vers les morts tracer le parcours.
Un beau matin, apparurent les comédiens :
« Un vaccin vous fera le plus grand bien ;
« Pas de résistance, vous n’y pourrez rien
« Nous assurons au mieux votre entretien ».
Lorsque je vins, pour un petit soleil,
Elle avait rejoint le pays des merveilles.
Après maints tourments et point de sommeil,
Elle succomba au poison injecté la veille.
(A tous ceux qui finissent ainsi dans les mouroirs modernes).
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